AISLF Tunis 2021

Plénière Modernités tunisiennes : conférence de M. Abdelhamid HÉNIA

Diffusion le 15 juillet à 16h (heure de Tunis)

Photo DR

Abdelhamid Hénia a été professeur d’histoire moderne à l’université de Tunis (1977 à 2012, émérite en 2012) ; fondateur et ancien directeur du laboratoire Diraset-études maghrébines (1999 à 2012) et ancien président du département des sciences humaines et sociales à l’Académie tunisienne des sciences sociales, des lettres, et des arts (Beit al-Hikma, 2013-2015). Les thèmes de ses recherches actuelles portent sur l’histoire culturelle, et politique du Maghreb en général et sur la Tunisie en particulier.
Il a publié cinq ouvrages, parmi lesquels Le frère, le sujet et le citoyen. Dynamique du statut politique de l’individu en Tunisie (Editions l’Or du temps, 2015) et La Tunisie ottomane. Construction de l’État et du territoire (Tûnis al-‘uthmâniyya. Binâ’ al-dawla wa-l-majâl, Publ. de L’or du temps et du Laboratoire Diraset, 2016). Il a coordonné et publié onze ouvrages collectifs et soixante-quinze articles en arabe, en français et en italien.

Penser la « modernité » et sa genèse en Tunisie aux XVIIe – XIXe siècles

Abdelhamid HÉNIA, professeur, Doha Institute for Graduate Studies, Qatar
Membre de l'Académie Beit al-Hikma

Résumé : Le préjugé d’une société tunisienne « enclavée » et peu concernée par le mouvement de l’histoire est fortement présent dans plusieurs écrits historiographiques relatifs à la période s’étalant du XVIIe au XIXe siècles. Il est vrai, parler de la « modernité » dans un pays comme la Tunisie d’il y a cinq ou six siècles peut surprendre à plus d’un égard. En effet, d’un point de vue du sens commun, la Tunisie est loin aujourd’hui d’être comparée à tant d’autres pays ayant acquis la réputation d’être « modernes ». La modernité européenne apparaît comme une évidence, celle des pays en dehors de l’Europe apparaît comme hypothétique. Pour autant que la modernité existerait en dehors de l’Europe, elle serait un pur produit d’exportation (voir Bertrand Badie). Le problème réside donc dans le contenu que l’on donne au mot « moderne ». Faut-il le prendre comme une catégorie descriptive valorisante ou comme une catégorie de savoir et d’analyse ? Les données du problème changent selon que l’on est dans l’un ou l’autre usage. Ainsi le problème se situe moins au niveau de l’objet lui-même qu’à celui des représentations des chercheurs et de leur manière de le percevoir.
Le débat engagé ici, contribue à arracher le voile de la modernité et démystifier une affirmation unilatérale d’une « invention européenne » de la « modernité ». Cet exposé s’efforcera de faire entendre une autre voix, un autre accent, une autre conception de la modernité en dehors de l’Europe, dans une perspective sereinement post-coloniale.


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