AISLF Tunis 2021

Plénière introductive

Diffusée le lundi 12 juillet 2021

Conférence de M. Patrick PHARO

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Photo Serge Canasse

Patrick Pharo a été directeur de recherche au CNRS et directeur du CERSES (Centre de recherche Sens Éthique Société). Il a enseigné notamment à l’EHESS (Paris), Syracuse University (New York), Louvain-la-Neuve (Belgique) et l’Université Paris Descartes.
Il est l’auteur, entre autres ouvrages, de Éloge des communs (PUF, 2020), Le capitalisme addictif (PUF, 2018), La belle vie dorée sur tranche (Vrin, 2017), La dépendance amoureuse (PUF, 2015), Ethica Erotica Mariage et prostitution (Presses de Sciences Po, 2013), Plaisirs et dépendances dans les sociétés marchandes (éd. de l’Univ. de Bruxelles, 2012), Philosophie pratique de la drogue (Cerf, 2011), Raison et civilisation (Cerf, 2006), Morale et Sociologie (Gallimard, 2004), Le sens de la justice (PUF, 2001), La logique du respect (Cerf, 2001), L'injustice et le mal (L'Harmattan, 1996).

Société morale sans morale

M. Patrick PHARO, directeur de recherche, CNRS et Université de Paris, France

Résumé : Dans l’imaginaire des sociétés libérales, la morale a largement remplacé la religion en tant que support du lien commun. Mais, comme chacun sait, l’expression de finalités morales par les autorités, gouvernements ou entreprises privées, est compatible aujourd’hui avec des formes sans précédent de mépris social, de voracité économique ou d’indifférence écologique. Or, cette situation ne résulte pas d’une perversion ou d’une duplicité essentielle des classes dirigeantes, mais d’une dépendance plus diffuse de la société à des formes de vie économique qui, en stimulant constamment les désirs de récompense de tout un chacun, ont repoussé les limites que la morale ordinaire pouvait fixer aux conduites sociales – en matière par exemple de gain financier, de désengagement à l’égard des salariés, d’obstruction aux réfugiés ou d’empiètement sur les libertés intimes. D’où ce paradoxe d’une société morale qui, à bien des égards, se révèle hautement immorale, et l’exigence largement ressentie de mettre un peu moins de morale et beaucoup plus de démocratie, de justice sociale, d’écologie et de protection des libertés dans l’agenda politique des sociétés libérales.

Conférence de M. Geoffrey PLEYERS

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Photo DR

Geoffrey Pleyers est chercheur au FNRS au CriDIS, Université Catholique de Louvain. Il est l’auteur de Alter-Globalization. Becoming Actors in the Global Age (Polity, 2011), Movimientos sociales en el siglo XXI (Icaria, 2019) et a coordonné une quinzaine de livres ou numéros de revues consacrés aux mouvements sociaux, à l’engagement des jeunes, à l’Amérique latine et à la mondialisation, dont Mouvements sociaux. Quand le sujet devient acteur (MSH, 2016) et Social movements and politics in the pandemic (Bristol University Press, 2021). Parmi ses articles récents sur la pandémie : « Une sociologie globale face à la pandémie » (Global Dialogue, 2020) ; « La solidarité comme réponse des mouvements sociaux à la pandémie » (Revue du MAUSS, 2020) ; « Interpréter la crise pour en sortir » (Futuribles, 2021) et « The pandemic is a battlefield » (Journal for Civil Society, 2020).

L’alter-activisme ou l’émergence d’un sujet éthique dans les mouvements sociaux

Geoffrey PLEYERS, professeur de sociologie, FNRS et université catholique de Louvain, Belgique

Résumé : Dix ans après la révolution tunisienne, l’AISLF nous invite à réfléchir à « l’émergence d’un acteur moral jugeant en permanence l’état du monde ». Cette émergence transforme la nature même du lien social et la société dans son ensemble. Elle est particulièrement prégnante dans les mouvements contemporains « alter-activistes ». Les ressorts de l’engagement et le cœur des mouvements ne se trouvent plus dans des organisations ou manifestes, mais dans la la construction de soi comme principe de sens, acteur éthique et auteur de sa vie, et dans la volonté de ne plus rester passif face aux problèmes sociétaux qu’ils vivent comme des causes personnelles : la corruption et l’arbitraire, le saccage de la planète, l’expérience du racisme ou celle des abus sexistes.
Cet exposé aborde la centralité du rapport à soi pour ces acteurs, sur les limites communes aux mouvements qu’ils ont portés, et sur les transformations qu’ils ont impulsées. Depuis la seconde moitié des années 2010, ces mouvements d’émancipation ont été limités par une opposition réactionnaire, dont il faut tenir compte dans l’analyse, et qui questionne aussi certaines postures sociologiques, notamment dans le rapport entre chercheur et acteurs, et qui invite à réaffirmer le lien entre notre discipline et l’éthos démocratique.