AISLF Tunis 2021

Le Congrès est organisé à distance

CR27 - Sociologie économique

Correspondant pour le Congrès : Jean-Louis LAVILLE - jean-louis.laville@cnam.fr


Associations, économie sociale et solidaire, innovation sociale, mouvements sociaux : vers une sociologie attentive aux émergences


Appel à communiquer du CR27 :

Associations, économie sociale et solidaire, innovation sociale, mouvements sociaux sont des thématiques de plus en plus abordées dans la sociologie. Cependant, face à une sociologie critique traditionnelle focalisée sur les phénomènes de reproduction et ancrée dans une pensée positiviste, trois inspirations épistémologiques et méthodologiques orientent la réflexion sur une nouvelle sociologie critique : les épistémologies du Sud, le pragmatisme et la sociologie publique.

Les épistémologies du Sud (Santos, 2016), suggèrent de dépasser la critique traditionnelle qui reste engoncée dans le scientisme. Il s’agit d'élaborer un nouveau sens commun réellement « commun », à savoir qui combine de façon inédite des représentations profanes avec le savoir scientifique : c'est un métissage des connaissances savantes et ordinaires qui est à viser, selon une logique de croisement des savoirs et dans la perspective d’une sociologie des émergences. L'enjeu est « d'engager un dialogue et une traduction interculturelle entre les différents savoirs et pratiques critiques, qu’ils soient centrés sur le Sud ou sur le Nord » (Santos, 2016, p. 61).

Dewey (2010, 2014) est profondément en phase avec cette démarche parce qu'il relie production de connaissances et démocratie en récusant aussi bien toute position omnisciente que toute séparation entre le monde des faits et des valeurs. Il se prononce pour la pratique démocratique comme processus expérimental permettant une détermination réciproque des fins et des moyens. Cette enquête sociale construit les valeurs dans l'action à partir des personnes impliquées, à travers les pratiques réflexives de ces derniers.

Une autre sociologie se profile ainsi : il convient d’affirmer « que la science sans considération politique est aveugle, que la critique sans intervention est vide de sens » (Burawoy, 2013, p. 90). Cette sociologie que Burawoy appelle publique ouvre à un processus d'éducation réciproque entre chercheurs et publics par le dialogue. Si elle se range du côté de la société en interlocution avec les pouvoirs publics, c'est bien pour s'attaquer à la collusion entre ceux-ci et les puissances économiques. Les connexions sont alors évidentes avec une science sociale émancipatrice au sens où l’entend Olin Wright (2017, p. 19).

Avec une telle science sociale un paradigme différent du changement social se profile en se réclamant des transitions et c'est une posture modeste au plus près des actions qui est promue. C’est ce que les responsables du comité de recherche ont voulu amorcer dans plusieurs publications récentes. L’ouvrage Mouvements sociaux et économie solidaire (Laville, Bucolo, Pleyers, Coraggio, 2017) montre que les initiatives citoyennes reposent sur la co-construction, dans l'agro-écologie féministe au Brésil, ou la lutte contre l'extractivisme et la défense des biens communs en Amérique du Sud. Le numéro 111 (2019/1) de la revue Connexions intitulé « Innovations démocratiques et dispositifs d’intervention », coordonné par Abdelaâli Laoukili et Anne Salmon, ainsi que le numéro 53/2019 des Cahiers de l’action « L’association, un espace d’innovation démocratique ? », coordonné par Maïté Juan et Mathilde Renault-Tinacci, s’intéressent pour leur part aux nouvelles formes de domination mais aussi aux inventions démocratiques.

Que ce soient les associations, l’économie sociale et solidaire, l’innovation sociale ou les mouvements sociaux, il s’agit donc d’aborder les ambiguïtés et ambivalences de la situation présente. Les travaux peuvent décrire les menaces inédites qui pèsent sur la démocratie mais aussi les pratiques émergentes, entre création institutionnelle et normalisation organisationnelle.

Session commune CR21-CR27

L’économie sociale et solidaire, espace d’émancipation sociale pour le bien commun

L’économie sociale et solidaire (ESS) est le creuset fécond d’initiatives collectives innovantes car elle cherche à concilier dimensions économique et politique. Pour cette raison, elle occupe une place inconfortable au cœur de tensions irréductibles, tout en étant porteuse de dynamiques de transformations sociales par un lent processus d’affranchissement des routines, générant des capacités nouvelles des individus qui s’engagent librement. Cet appel, commun aux CR21 et au CR27, questionne l’ESS comme espace de pratiques de liberté, entre autonomie et interdépendance, qui participe de formes d’appropriation des ressources pour les individus (valeurs, lien social) et d’ouverture à l’engagement et l’émancipation par des compétences réflexives.

Cette séance s’intéresse aux travaux empiriques qui analysent les pratiques concrètes d’émancipation par des activités sociales et des possibilités d’affirmation de valeurs alternatives. Il s’agit de mieux comprendre comment des transactions sociales aboutissent à de nouvelles formes de légitimité par des séquences d’échanges et par des compromis pratiques. Elle est particulièrement ouverte à des contributions tant théoriques qu’empiriques sur :

  • ce qui fait la spécificité de l’ESS au-delà des statuts ;
  • la description précise d’expériences et leur multidimensionnalité ;
  • les processus d’institutionnalisation entre innovation et normalisation.