AISLF Tunis 2021

GTE07 - Sociologie du handicap

Appel à communications

Correspondant pour le Congrès : Pierre BRASSEUR - brasseurph@gmail.com


Sociologie du handicap et disability studies

Les chercheurs francophones en sciences sociales du handicap présentent souvent de manière disparate leurs études et résultats lors des congrès de l’AISLF. Il nous semble qu’il serait alors intéressant de proposer ce nouveau groupe de travail dédié à la manière dont la question du handicap peut être saisie aujourd’hui d’un point de vue théorique et méthodologique. Dans la recherche contemporaine de systèmes sociaux plus équilibrés, plus justes et plus solidaires, le handicap exige d’être pensé par lui-même et d’avoir son propre espace dans le système de production des connaissances sociales. Le handicap ne doit plus seulement être pensé comme un contexte ou une condition de recherche, mais plutôt comme un objet de recherche à part entière.

Le groupe de travail « Sociologie du handicap » permettra de faire émerger de nouvelles problématiques de recherche transversales et transnationales, et assurera une meilleure visibilité de la sociologie du handicap (Blanc 2012; Fillion, Ravaud, Ville, 2014) dans l’espace de recherche scientifique francophone. Nous nous situons de ce fait en contrepoint et en complément d'une tradition anglo-saxonne des disability studies (Albrecht, Ravaud, et Stiker 2001; Barnes, Mercer, Shakespeare, 1999; Goodley, 2017). « Courant de pensée très spécifique » (Winance, 2001, 148), qui allie présence académique et militantisme social (Albrecht, Ravaud, et Stiker 2001), approche novatrice de la conceptualisation du handicap, paradigme nouveau se manifestant initialement aux États-Unis (Linton, 1988) et en Grande Bretagne (Barnes, Mercer, Shakespeare, 1999), les disability studies apparaissent de plus en plus dans les écrits des chercheur·e·s en sciences sociales français·es et francophones. Les disability studies, tout en développant leurs propres théories, modèles et méthodes, gardent un positionnement spécifique par rapport aux disciplines classiques. Elles s’opposent à certaines, comme les sciences de la réadaptation, ou multiplient les collaborations avec d’autres, comme la sociologie. À la différence des disciplines classiques, les disability studies mettent en lien et orientent des unités conceptuelles autrefois disparates, comme l’identité, les droits civiques ou le handicap, tout en prenant appui sur des outils théoriques traditionnels fournis, par exemple, par l’ethnographie, la psychologie, la géographie, la sociologie de la santé ou la sociologie interactionniste, etc., pour les mobiliser ensuite autour d’une visée à la fois cognitive, expérientielle et militante. Le handicap apparaît alors comme un objet multiple (Mol, 2002), qui émerge dans les pratiques et s'inscrit dans un contexte local.

La création d'un groupe francophone d'études sur le handicap permettrait ainsi d’ouvrir une fenêtre prometteuse pour les sciences sociales françaises, notamment pour les jeunes chercheur·e·s. On veillera aussi à mettre en place régulièrement des collaborations avec d’autres groupes spécialiés. Parmi les pistes de travail, on compte s'intéresser :

  • aux aspects historiques et à la circulation des connaissances entre les États-Unis, la Grande-Bretagne et la Francophonie ;
  • à l’institutionnalisation des disability studies, ses risques et opportunités ;
  • aux évolutions des disability studies, notamment sous la forme des critical disability studies ou des global disability studies (Ghai, 2003 ; Meekosha, Shuttleworth, 2009 ; Goodley, 2017) ;
  • aux rencontres avec les autres studies, les apports des d/Deaf studies, et les intersections avec des objets d’étude comme le genre, la sexualité (Brasseur, 2016), l’âge ou la race.